“Les
mots ont été ma pauvreté. J'étais
fasciné, humilié par ceux qui usaient de mots savants,
rares, littéraires, de mots qui vous distinguent, des mots que
je n'avais pas,
qui ne seraient jamais les miens. Des mots qui m'échappaient. Je
me taisais,
j'écoutais et lorsqu'il me fallait parler, j'avais l'impression
de n'être vêtu
que de haillons. Aujourd'hui, je me sens riche, riche de mes mots et
fort ; ce
sont les mêmes qu'avant, ordinaires, mots de tous les jours, de
tout le monde
mais ceux-là sont un pain quotidien, un bien commun sur les
lèvres, sur les
langues, tirant leur force d'être dits et redits, partagés,
leur joie d'être sans cesse employés, au travail. Hosties du sens s'ils
n'étaient aussi notre mal commun. Les mots de la cruauté, nous les savons tous.”
E.G.
Extraits d'articles :
En Majestés,
la farouche nature est compagne de tout instant – montagnes,
source d’eau rouge et gla cée, ruisseaux,
crêtes, vagues de l’océan, feuilles mortes, neiges
à perte de vue – les gens se taisent s’ils
n’ont rien à se dire ; l’hirondelle s’envole
et ne reviendra plus ; l’enfance déroule sa pelote,
éternelement grave et légère.
On va d’un pas tranquille et sûr vers «
ces lointains à l’apparence d’infinis, rivages
perdus, révélant leur présence et gardant leurs
secrets ».
La rencontre de l’écrivain et du lecteur se
situe sans doute dans l’indicible de l’intime, de
l’essentiel, et c’est toute la puissance de ce beau livre.
Car « la mort, un jour ou l’autre,
chacun l’a touchée ».
Extrait de l’article de Laurence
Coupérier in La Montagne du vendredi 6 mai 2016
***
« Ce texte magnifique, oscillant entre autobiographie,
récit et poésie, témoigne de l’amour
inconditionnel de son auteur pour la langue française."
Emmanuel Thérond InfoMag du 29/04/2016
Joli
ouvrage, dès la couverture où « La chouette est de
retour », peinture de Sophie Grandval, regarde en face le lecteur
qui s’apprête à entrer dans le livre et parcourir
les chemins secrets de l’Auvergne en suivant pas à pas le
narrateur au cours de ses pérégrinations en prose
marquée d’une vivante poésie.
Un
livre aussitôt saisissant, autant par son écriture
poétique que par sa manière directe de faire entendre les
vraies questions. mais n’est-ce pas le propre de la vraie
poésie, contrairement aux apparences, de dire plus directement ?
De trouver le juste derrière l’apparent pour faire deviner
l’indicible. « La vérité
n’éclate pas au grand jour, elle est notre nuit.
C’est pourquoi nous avons peur d’elle. » Et tout au
long de ce parcours François Graveline cherche et
découvre la matière vraie. Majesté qui
s’ouvre sur la rencontre en nous de l’éternel
principe féminin. Force discrète et omniprésente
des Vierges Noires dans les églises d’Auvergne,
jusqu’à reconnaître en soi cette
vérité venue du plus profond du mystère.
Jusqu’au bout ce sens de la présence derrière
l’apparence sombre ou dans le mouvement secret de la nature
surpris au détour du chemin. « Que pourrait-on oublier
sinon le féminin du sacré. Sans lui, nous restons
infirmes. »
Une
réflexion excitante et un chemin clairement tracé vers
l’essentiel. « Le mal noir relâche son emprise. Il
va, le rythme de la marche a changé, c’est celui
d’un naturaliste, héritier en ligne directe du pas du
chasseur-cueilleur. Nul but à atteindre, que des choses à
découvrir. » On découvre avec bonheur.
Jean-Pierre Farines (revue de poésie
Arpa, n° 117)